Guerre civile syrienne

Guerre civile syrienne
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Carte de la guerre civile syrienne, situation actuelle[1]
Informations générales
Date Depuis le
(10 ans, 8 mois et 23 jours)
Lieu Syrie
Issue En cours
Belligérants
Drapeau de la Syrie République arabe syrienne

Drapeau de la Russie Russie

Drapeau de l'Iran Iran

InfoboxHez.PNG Hezbollah

Milices chiites

Milices palestiniennes

Autres groupes ...
Flag of Syria 2011, observed.svg Armée syrienne libre

Flag of Ahrar ash-Sham.svg Ahrar al-Cham
Logo of Jaysh al-Islam.jpg Jaych al-Islam
Flag of Jabhat al-Nusra.jpg Front al-Nosra
Flag of Jabhat Fatah al-Sham.svg Front Fatah al-Cham
Flag of Hayat Tahrir al-Sham.svg Hayat Tahrir al-Cham
Flag of Syria 2011, observed.svg Jabhat Tahrir Souriya
borde Suqour al-Cham
Al-Liwaa.svg Union islamique Ajnad al-Cham
IslamicFrontFlag.PNG Ansar al-Cham
Al-Liwaa.svg Harakat Nour al-Din al-Zenki
Al-Liwaa.svg Kataeb Thuwar al-Cham
Flag of Ajnad al-Sham.png Ajnad al-Cham
Flag of Jund al-Aqsa.svg Jound al-Aqsa
Flag of the Turkistan Islamic Party in Syria.svg Parti islamique du Turkestan
Jaych al-Ahrar.png Jaych al-Ahrar
Infobox Ajnad al-Kavkaz flag.png Ajnad al-Kavkaz
Flag of Jihad.svg Jound al-Cham
Emblem of the Ansar al-Deen Front.svg Front Ansar Dine
Flag of Jaysh al-Muhajireen wal-Ansar.png Jaych al-Mouhajirine wal-Ansar
Ansar al-Tawhid.jpg Ansar al-Tawhid
Flag of Ansar al-Islam.svg Ansar al-Islam
Flag of Harakat Sham al-Islam.svg Harakat Cham al-Islam
Flag of Jihad.svg Harakat Fajr al-Cham al-Islamiyya
Flag of katibat al tawhid wal jihad.png Katiba al-Tawhid wal-Jihad
Logo of Jaysh al-Sunna.png Jaych al-Sunna
IslamicMuthannaMovementFlag.png Harakat al-Muthanna
Front de l'authenticité et du développement
Alwiya al-Furqan
Tanzim Hurras ad-Din
Liwa al-Haq
Aknaf Beit al-Maqdess
Autres groupes ...


Drapeau de la Turquie Turquie
Flag of Syrian Democratic Forces.svg Forces démocratiques syriennes

Flag of Kurdistan Workers' Party.svg PKK

Autres groupes ...
Seal of Combined Joint Task Force – Operation Inherent Resolve.svg Coalition

Flag of Kurdistan.svg Kurdistan irakien


Drapeau d’Israël Israël
Drapeau de l'État islamique État islamique
Commandants
Drapeau de la Syrie Bachar el-Assad

Drapeau de la Syrie Wael al-Halki
Drapeau de la Syrie Imad Khamis
Drapeau de la Syrie Daoud Rajha
Drapeau de la Syrie Fahd al-Freij
Drapeau de la Syrie Ali Abdallah Ayyoub
Drapeau de la Syrie Mohammed Dib Zaitoun
Drapeau de la Syrie Rafiq Shahadah
Drapeau de la Syrie Ali Mamlouk
Drapeau de la Syrie Jamil Hassan
Drapeau de la Syrie Mohammed Shoaib Ali Souleimane
Drapeau de la Syrie Zaïd Saleh
Drapeau de la Syrie Maher el-Assad
Drapeau de la Syrie Issam Zahreddine
Drapeau de la Syrie Souheil al-Hassan
Drapeau de l'Iran Ali Khamenei
Drapeau de l'Iran Qassem Soleimani
Drapeau de l'Iran Hossein Hamadani
Drapeau de l'Iran Hassan Chateri
InfoboxHez.PNG Ali Hussein Nassif
InfoboxHez.PNG Moustapha Badreddine
Drapeau de la Russie Vladimir Poutine
Drapeau de la Russie Sergueï Choïgou
Drapeau de la Russie Aleksandr Dvornikov
Drapeau de la Russie Alexander Zhuravlyov
Drapeau de la Russie Valeri Assapov

PFLP-GC Flag.svg Ahmed Jibril
Flag of Syria 2011, observed.svg Riad al-Asaad

Flag of Syria 2011, observed.svg Selim Idriss
Flag of Syria 2011, observed.svg Abdelilah al-Bachir
Flag of Syria 2011, observed.svg Abdul Jabbar al-Oqaidi
Flag of Syria 2011, observed.svg Mustafa Al-Sheikh
Flag of Syria 2011, observed.svg Abd al-Qader Salah
Flag of Syria 2011, observed.svg Jamal Maarouf
Flag of Syria 2011, observed.svg Yasser Abdel Rahim
Flag of Syria 2011, observed.svg Bachar al-Zoubi
Flag of Ahrar ash-Sham.svg Hassan Aboud
Flag of Ahrar ash-Sham.svg Abou Jaber
Flag of Ahrar ash-Sham.svg Abou Yahia al-Hamawi
Logo of Jaysh al-Islam.jpg Zahran Allouche
Logo of Jaysh al-Islam.jpg Abou Himam al-Boueidani
Flag of Jabhat al-Nusra.jpg Flag of Hayat Tahrir al-Sham.svg Abou Mohammed al-Joulani
Flag of Jabhat al-Nusra.jpg Abou Omar Saraqeb
IslamicFrontFlag.PNG Ahmed Issa


Drapeau de la Turquie Recep Tayyip Erdoğan
Drapeau de la Turquie Hulusi Akar
Drapeau de la Turquie Zekai Aksakalli

Drapeau de la Turquie Ismail Metin Temel
Flag of Rojava.svg Salih Muslim

Flag of Rojava.svg Ismail Hama
Flag of Rojava.svg Feysel Yusuf
Flag of Rojava.svg Abdul Hakim Bashar
Flag of Syrian Democratic Forces.svg Mazloum Abdi
People's Protection Units Flag.svg Sipan Hemo
People's Protection Units Flag.svg Mahmoud Berxwedan
YPJ Flag.svg Rojda Felat
Drapeau des États-Unis Barack Obama
Drapeau des États-Unis Donald Trump
Drapeau des États-Unis Chuck Hagel
Drapeau des États-Unis Ashton Carter
Drapeau des États-Unis James Mattis
Drapeau des États-Unis Mark Esper
Drapeau des États-Unis James L. Terry
Drapeau des États-Unis Sean MacFarland
Drapeau des États-Unis Stephen J. Townsend
Drapeau des États-Unis Paul E. Funk II
Drapeau des États-Unis Paul LaCamera

Drapeau des États-Unis Robert P. White
Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg Abou Bakr al-Baghdadi

Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg Abou Ibrahim al-Hachimi al-Qourachi
Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg Abou Ali al-Anbari
Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg Abou Mohammed al-Adnani
Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg Abou Omar al-Chichani
Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg Gulmurod Khalimov
Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg Haji Bakr
Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg Abou Lôqman

Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg Abou Djandal al-Kouweïti
Forces en présence
Drapeau de la Syrie
100 000 à 400 000 hommes[3],[4],[5],[6],[7]

InfoboxNDF.png
100 000 hommes[8]

Flag of the Ba'ath Party.svg
10 000 hommes[9]

Flag of the Syrian Social Nationalist Party.svg
5 000 hommes[9]

Milices chiites étrangères :
20 000 à 100 000 hommes[10],[11],[12]

InfoboxHez.PNG
5 000 à 10 000 hommes[13],

Drapeau de l'Iran
5 000 à 10 000 hommes[12],[14]

Drapeau de la Russie
4 000 hommes[15]
150 000 hommes au total[16]

Flag of Syria 2011, observed.svg
40 000 à 50 000 hommes[17]

Flag of Ahrar ash-Sham.svg
15 000 à 20 000 hommes[18],[19]

Logo of Jaysh al-Islam.jpg
15 000 à 20 000 hommes[20]

Flag of Jabhat al-Nusra.jpg
10 000 à 20 000 hommes[8],[21]

Flag of Hayat Tahrir al-Sham.svg
30 000 hommes[22]
Flag of Rojava.svg Flag of Syrian Democratic Forces.svg
40 000 à 100 000 hommes[23],[24]

Drapeau des États-Unis
2 000 hommes[25]
Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg
20 000 à 125 000 hommes[26],[27],[28],[29],[30]
Pertes
Drapeau de la Syrie
120 876 morts au moins
(dont 68 308 militaires
et 52 568 miliciens)[31]

InfoboxHez.PNG
1 705 morts au moins[31]

Milices chiites étrangères :
8 564 morts au moins[31]

Drapeau de l'Iran
1 000 morts au moins[35]

Drapeau de la Russie
112 à 264 morts au moins[36],[31]
Flag of Syria 2011, observed.svg Flag of Ahrar ash-Sham.svg Logo of Jaysh al-Islam.jpg
54 779 morts au moins[31]

Flag of Jabhat al-Nusra.jpg Flag of Hayat Tahrir al-Sham.svg Flag of Jihad.svg
27 744 morts au moins[31]

Drapeau de la Turquie
209 morts au moins[31],[37],[38],[39]
Flag of Rojava.svg Flag of Syrian Democratic Forces.svg
13 814 morts au moins[31],[40]

Drapeau des États-Unis
6 morts[41],[42],[43]

Drapeau de la France
1 mort[44]

Drapeau du Royaume-Uni
1 mort[42]

Drapeau de la Jordanie
1 mort[45]

Flag of Kurdistan.svg
1 mort[46]
Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg
40 515 morts au moins[31]
Civils :
117 388 à 224 948 morts au moins[31],[32],[33]
Total :
~ 500 000 à 600 000 morts[31],[34]

Guerre civile syrienne

Batailles


Massacres de la guerre civile syrienne

Attaques chimiques de la guerre civile syrienne

Attentats de la guerre civile syrienne

Débordements du conflit

Interventions internationales
Coordonnées 35° nord, 38° est

La guerre civile syrienne — ou révolution syrienne — est un conflit armé en cours depuis 2011 en Syrie. Elle débute dans le contexte du Printemps arabe par des manifestations majoritairement pacifiques en faveur de la démocratie contre le régime baasiste dirigé par le président Bachar el-Assad. Réprimé brutalement par le régime, le mouvement de contestation se transforme peu à peu en une rébellion armée.

De nombreux belligérants participent au conflit qui connaît plusieurs phases. La majeure partie des premiers groupes insurgés se structurent autour de l'Armée syrienne libre (ASL), qui est fondée en juillet 2011. L'opposition politique en exil forme quant à elle le Conseil national syrien (CNS) en septembre 2011 puis la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution (CNFOR) en . En 2012 et 2013, les rebelles s'emparent de la majeure partie du nord et de l'est de la Syrie, mais le régime de Bachar el-Assad résiste dans le sud et l'ouest du pays. L'opposition obtient des financements et des armes de la part de la Turquie, de l'Arabie saoudite, du Qatar, de la Jordanie, des États-Unis et de la France. Mais l'ASL est progressivement supplantée dans plusieurs régions par des groupes islamistes sunnites ou salafistes, comme Ahrar al-Cham ou Jaych al-Islam, ou encore par des groupes salafistes djihadistes, comme le Front al-Nosra, reconnu en 2013 comme la branche syrienne d'al-Qaïda. Le régime syrien est quant à lui soutenu indéfectiblement par l'Iran, qui lui fournit des financements pour contourner les sanctions internationales et qui dépêche dès le début du conflit des officiers du Corps des Gardiens de la révolution islamique et des dizaines de milices islamistes chiites venues du Liban, d'Irak ou d'Afghanistan, comme le Hezbollah, l'Organisation Badr ou la Division des Fatimides. En 2012, un autre acteur, le Parti de l'union démocratique (PYD), aile syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), prend avec sa branche armée, les Unités de protection du peuple (YPG), le contrôle des régions kurdes, au nord de la Syrie.

Le rapport des forces en présence est bouleversé par l'apparition en Syrie de l'organisation salafiste djihadiste État islamique en Irak et au Levant (EIIL) — rebaptisé ensuite État islamique (EI) — qui en 2014 entre en conflit contre tous les autres belligérants, s'empare de l'est de la Syrie, ainsi que du nord-ouest de l'Irak, et proclame la restauration du califat. En septembre 2014, menée par les États-Unis, une coalition internationale formée contre l'État islamique commence à mener des bombardements en Syrie et décide d'appuyer les YPG. Forts du soutien américain, les Kurdes remportent une première victoire à Kobané en janvier 2015, forment en octobre 2015 une alliance avec des groupes arabes qui prend le nom de Forces démocratiques syriennes (FDS), et lancent une campagne contre les djihadistes qui aboutit en octobre 2017 à la chute de Raqqa, la « capitale » syrienne de l'EI. La Turquie intervient également militairement en Syrie : d'abord contre l'État islamique en 2016 et 2017, avant d'attaquer les FDS en 2018 en raison de leurs liens avec le PKK.

De son côté, la Russie entre dans le conflit syrien en septembre 2015 en intervenant militairement pour soutenir le régime syrien. Cette intervention redonne l'avantage au camp loyaliste : l'armée syrienne et ses alliés remportent des victoires décisives à Alep en décembre 2016, à Homs en mai 2017, à Deir ez-Zor en novembre 2017, dans la Ghouta en mai 2018 et à Deraa en juillet 2018.

En se prolongeant dans le temps, le conflit syrien est devenu à la fois une guerre civile, une guerre confessionnelle et une guerre par procuration. Depuis , le conflit a fait autour de 500 000 morts d'après les estimations de diverses ONG. Des attaques à l'arme chimique et de nombreux massacres, crimes de guerre et crimes contre l'humanité ont été commis, principalement par le régime syrien et par l'État islamique. Le camp loyaliste syrien est responsable de la grande majorité des victimes civiles de la guerre par ses bombardements aériens massifs et par la répression exercée contre l'opposition, qualifiée de politique d'« extermination » par l'ONU : entre 70 000 et 200 000 personnes ont disparu dans les prisons du régime, au moins 17 000 d'entre elles y ont été torturées à mort et plus de 5 000 à 13 000 autres ont été exécutées par pendaison, principalement dans la prison de Saidnaya.

La moitié de la population est déplacée pendant le conflit, et cinq à six millions de Syriens ont fui le pays, soit le quart de la population.

Contexte[modifier | modifier le code]

Gouvernement el-Assad[modifier | modifier le code]

Le président syrien Bachar el-Assad.

En 1946, la Syrie devient une république indépendante avec la fin du mandat français, mais la phase démocratique prend fin en avec un coup d'État soutenu par la CIA et suivi de deux autres la même année[47],[48]. À la faveur de ces événements, le général Chichakli établit un régime parlementaire avant d'imposer son pouvoir personnel par un nouveau coup d'État en [49].

En , à l'issue d'un soulèvement populaire, les civils reprennent le pays. De 1958 à 1961, lors du rapprochement avec l'Égypte et de l’avènement de la République arabe unie, le régime parlementaire syrien est brièvement remplacé par un régime présidentiel extrêmement centralisé[50].

Après la rupture avec l'Égypte en 1961, la branche syrienne du Parti Baas (laïque nationaliste et socialiste) accède au pouvoir, en , à la suite d'un coup d'État. En , un putsch renverse Michel Aflak et Salah Eddine Bitar, les dirigeants historiques du Parti[51] et le général Hafez el-Assad, alors ministre de la Défense, engage une « révolution correctrice » qui le porte au poste de Premier ministre en . En , Assad se proclame Président (il le restera jusqu'à sa mort en 2000). De 1976 à 1982, il mate une insurrection islamique. Le Parti Baas s'installe comme l'autorité politique de référence dans un système de parti unique. Les Syriens ne peuvent qu'approuver leur Président par référendum. Jusqu'à la mise en place, en 2012, d'un système contrôlé par le régime, ils ne sont pas invités à choisir entre plusieurs partis pour élire le corps législatif[52].

Succédant à son père au décès de ce dernier, Bachar el-Assad — et son épouse Asma el-Assad (une sunnite née et élevée en Grande-Bretagne) — inspirent des espoirs de réforme démocratique[53]. De à , des débats sociaux et politiques animent une nouvelle phase qualifiée de « printemps de Damas »[54].

Pendant cette période, se développent en Syrie de nombreux forums politiques et des lieux de réunion privés où les citoyens débattent de questions politiques et sociales et d'où émergent des activistes comme Riad Seïf, Haitham al-Maleh, Kamal al-Labwani, Riad al-Turk et Aref Dalila[55]. Tandis que les hypothèses réformistes issues du Parlement et les promesses de changement de Bachar el-Assad restent largement lettre morte[56], le printemps de Damas prend fin en avec l'arrestation et l'emprisonnement de dix des principaux leaders après leur appel à la désobéissance civile et à des élections démocratiques[57].

En 2003, malgré les promesses de démocratisation, les élections législatives s'effectuent toujours dans le cadre d'un régime autoritaire : les partis d'opposition ne sont pas légalisés, les deux-tiers des sièges de députés sont réservés à l'avance au Front national progressiste, les campagnes électorales des candidats indépendants ne sont pas couvertes par les médias officiels, etc[58]. En 2005, à l'occasion du dixième congrès du parti Baas, Bachar al-Assad opère un transfert des pouvoirs exécutifs du parti vers le gouvernement, autonomisant ce dernier et consolidant ainsi son autorité politique[59]. Toute l'administration est sous surveillance des 4 branches du Renseignement, un complexe sécuritaire commandé directement par Bachar Al-Assad. Les moyens considérables des différents services de renseignement leur permettent d'opérer également dans d'autres secteurs comme l'économie ou les organisations de la société civile. L'état d'urgence, en vigueur jusqu'en 2011, leur donne un pouvoir étendu de coercition[60]. Sous la présidence de Bachar al-Assad, même si la durée des peines de prison diminue, le nombre d'incarcérations pour contestation politique reste élevé[61]. La censure perdure, notamment celle de la presse, informée par l'Administration de la censure des sujets non autorisés et de la façon de traiter les sujets autorisés[62]. Lors des élections de 2007, de nouvelles promesses de libéralisation politique ne sont absolument pas tenues. Bachar al-Assad reste dans la voie tracée par son père[63].

Géographie et écologie[modifier | modifier le code]

Carte générale de la Syrie.
Carte des Gouvernorats de la Syrie (liste des provinces), avec le plateau du Golan (en vert, au sud-ouest), et les pays frontaliers.

L’essentiel du territoire syrien est constitué par un vaste plateau calcaire surmonté de quelques reliefs anciens et traversé au nord-est par l'Euphrate. Le pays est bordé au nord par la Turquie, à l'est par l'Irak et au sud par la Jordanie, Israël et le Liban. Le pays possède une façade maritime ouvrant sur la Méditerranée. La majorité de la population syrienne réside dans les villes et les principales agglomérations sont situées sur la bande côtière (Tartus, Banias, Lattaquié, Jableh), dans l'ouest (Alep, Homs, Hama) et le sud du pays (Damas, Deraa). À cette géographie physique, se superposent une géographie humaine (ruraux/urbains) et une géographie ethno-religieuse (sunnites, chiites, alaouites, druzes, chrétiens, kurdes), qui rendaient déjà difficile toute représentation exacte de la situation avant la guerre civile. Le développement du conflit a compliqué la tâche des cartographes, au point que la représentation des opérations et des zones d'influence fait désormais partie d'une véritable « guerre des cartes » participant à la propagande et à la désinformation[64].

Cette configuration a conditionné la dynamique du conflit : la contestation a débuté dans les zones urbaines où étaient concentrés des griefs d'ordre économique et ethno-religieux contre le pouvoir en place. La répression s'est abattue sur les localités considérées comme rebelles, où le conflit a fait apparaître les fractures économiques, ethniques et religieuses entre centre, banlieue, périphérie et quartiers « informels ». Le conflit s'est ainsi installé au cœur des villes, où les combattants ont fait assaut de férocité pour assiéger et réduire leurs adversaires, quartier par quartier, et où les populations civiles ont payé un très lourd tribut aux violences.

Selon le géographe Fabrice Balanche, la représentation des fronts, des armées, des territoires occupés, est plus complexe dans une guerre civile que dans une guerre conventionnelle. La superposition des territoires tenus par l’insurrection et la contre-insurrection avec celle de la répartition ethnico-confessionnelle de la population fait apparaître la dimension communautaire du conflit. « À l’échelle de l’agglomération d’Alep, superposer la carte des combats à celle des quartiers informels d’une part, peuplés essentiellement de migrants ruraux, et, de l’autre, de ceux qu’habitent les citadins d’origine met en évidence une autre dimension du conflit : l’opposition ville-campagne »[64].

La rareté de la ressource en eau, les trois années de sécheresse de 2007 à 2010 et leurs conséquences humaines et environnementales ont joué un rôle dans la création de conditions propices à la guerre civile en Syrie, mais, selon M.D. King, « ce sont la discrimination systématique et la mauvaise gestion de l'eau par le régime d'Assad qui ont conduit à la conflagration totale en Syrie. En bref, le climat n'était pas le seul coupable ». Par ailleurs, pendant le conflit, l'eau a été instrumentalisée par les belligérants[65],[66],[67],[68].

Démographie[modifier | modifier le code]

Carte montrant la répartition ethno-religieuse de la Syrie avant la guerre civile. En cas de repli militaire, chacun de ces groupes pourrait choisir de se replier sur son foyer géographique d'origine.

Composition ethno-religieuse de la Syrie. Estimations de 2012[69].

Il n'existe pas de recensement officiel des confessions en Syrie et les estimations varient en fonction des sources. Un article français de 1955 brosse le portrait confessionnel et ethnique de la Syrie au seuil de son indépendance[70]. Un rapport d'un groupe interparlementaire du Sénat français datant de 2007[71] fait état de la répartition suivante :

Selon d'autres chiffres publiés en 2012[72], la répartition serait la suivante :

  • Arabes sunnites 72,8 %
  • Kurdes sunnites 8,3 %
  • Arabes alaouites 10,2 %
  • Arabes druzes 1,8 %
  • Arabes chiites ismaéliens 0,9 %
  • Arabes chiites duodécimains 0,4 %
  • Tcherkesses sunnites 0,3 %
  • Turkmènes - Turcomans sunnites 0,6 %
  • Kurdophones yézidis 0,1 %
  • Chrétiens 4,6 %.

Les chrétiens se répartiraient ainsi :

  • Arabes de religion grecque orthodoxe : 526 000
  • Arabes de religion grecque catholique: 121 000
  • Arméniens apostoliques : 121 000
  • Jacobites 89 000
  • Maronites 29 000
  • Arméniens catholiques 26 000
  • Protestants 21 000
  • Nestoriens 20 000
  • Syriaques catholiques 18 000
  • Chaldéens catholiques 14 000
  • Catholiques latins 9 000.

Du point de vue religieux, la famille Assad est issue de la minorité alaouite, une branche du chiisme qui engloberait 10 % de la population syrienne[73]. Ses adeptes occupent de nombreux postes dans les services de sécurité syriens[74], ce qui génère du ressentiment chez les Sunnites[75] qui représentent plus de 60 % de la population syrienne. Maher el-Assad le frère cadet d'Assad commande la 4e Division blindée, un corps d'élite de l'armée syrienne. Jusqu'à sa disparition dans l'attentat du 18 juillet 2012, Assef Chaoukat, son beau-frère, était vice-ministre de la Défense.

Les Kurdes de Syrie ont également protesté contre les discriminations ethniques et la négation de leur identité culturelle et de leur langue[76],[77]. Ils constituent 8,5 à 11 % des syriens. Ils ne constituent pas une confession en soi, mais sont majoritairement sunnites. Ils sont regroupés au nord-est du pays sur la frontière turque, ainsi que dans la province d'Alep, le Jazirah et la banlieue de Damas. Cette population au fort sentiment communautaire met à profit l’affaiblissement de l'armée syrienne en pour investir plusieurs villes du Nord du pays[78]. Elle est soutenue par l'espoir, entretenu par le PKK, de la création d'un Kurdistan indépendant.

La part des chrétiens dans la population totale a fortement baissé au cours des dernières décennies, cette population émigrant beaucoup et ayant un taux de natalité faible. Le , les patriarches d'Antioche, chefs spirituels des chrétiens, lancent un appel à la paix et à un arrêt des sanctions internationales contre la Syrie[79]. Les chrétiens sont très inquiets des manifestations du vendredi et ont en mémoire leurs coreligionnaires irakiens qu'ils ont accueillis après les massacres, les quartiers mixtes seraient désertés de 80 % de leurs habitants chrétiens, notamment en décembre pour célébrer Noël[80].

Aspects socio-économiques[modifier | modifier le code]

Le mécontentement contre le régime est plus grand dans les zones les plus pauvres du pays, parmi les Sunnites conservateurs et dans les localités ayant un taux de pauvreté élevé, comme Deraa et Homs, ainsi que dans les zones rurales touchées par la sécheresse de 2001, et les quartiers les plus déshérités des grandes villes[81]. Les inégalités ont eu tendance à s'accroître après la mise en place, dans les dernières années du règne de Hafez el-Assad, de politiques favorisant le libre marché et avec leur développement après l'arrivée au pouvoir de son fils. Ces politiques, orientées vers le tertiaire, ont profité à une minorité de la population ayant des liens avec le gouvernement et aux membres des communautés sunnites marchandes de Damas et d'Alep. Selon le Programme des Nations unies pour le développement, en 2005, 30 % des Syriens vivent en dessous du seuil de pauvreté et le taux du chômage est estimé à 18 %[82]. Bachar al-Assad veut s'inspirer du modèle chinois et, en 2005, le Congrès du parti Baas annonce une politique de « transition vers une économie sociale de marché »[82],[83]. En 2008, le chômage se situe entre 20 et 25 %[83], et, dans le contexte d'une démographie croissante, les jeunes sont extrêmement touchés : ils sont 6 fois plus au chômage que les adultes[84]. La moitié de la population a moins de 20 ans[85].

Le symbole du « capitalisme des copains » mis en place par le régime est Rami Makhlouf, cousin du président Bachar al-Assad. Rami Makhlouf posséderait, directement ou indirectement, 60 % du secteur privé en Syrie. Pour les Syriens, lui et son entourage d'affairistes personnalisent la corruption endémique que leur misère ne permet plus de supporter. Au début de la révolte en 2011, la société de télécommunication SyriaTel de Rami Makhlouf, qui est exonérée de l'impôt sur les sociétés, focalise les critiques. À Deera, le siège de la compagnie est incendié[86].

D'après certains chercheurs et le département de la Défense des États-Unis, la sécheresse qui a frappé la Syrie entre 2006 et 2010 a contribué à faire éclater la révolte. 800 000 Syriens ont vu leurs revenus chuter de 90 %, leurs terres s'étant asséchées. La crise de l'eau est concomitante à la politique du gouvernement qui a déréglementé le secteur agricole, vendu de vastes étendues de terre à l'agro-industrie, développé une agriculture d'exportation notamment avec le coton, ce qui a entraîné la salinité des terres par utilisation excessive de l'irrigation et la pollution des puits par les nitrates, etc[83],[87],[88].

Droits de l'Homme[modifier | modifier le code]

La situation des droits de l'Homme en Syrie a été, de longue date, durement critiquée par les organisations internationales[89]. Le pays a été en état d'urgence de 1963 à 2011, interdisant les rassemblements de plus de cinq personnes et conférant aux forces de sécurité des pouvoirs étendus en matière d'arrestation et de détention[90].

En , l'organisation Human Rights Watch conclut dans un rapport qu'en dépit des promesses d'une plus grande transparence et d'une démocratisation faites par Bachar el-Assad dix ans plus tôt, pratiquement rien n'a été fait pour améliorer la situation des droits humains en Syrie, notamment en ce qui concerne la liberté d'expression, la torture et le traitement de la minorité kurde[91].

À l'exception du Parti Baas, toutes les autres formations politiques ont été interdites, faisant de la Syrie un pays à parti unique sans élections démocratiques[92].

La liberté d'expression, d'association et de réunion étaient étroitement surveillées avant le soulèvement et les autorités harcelaient les défenseurs des droits de l'homme ainsi que les personnalités critiques vis-à-vis du régime et les détenaient, souvent sans procès, dans des conditions inhumaines et en ayant recours à la torture[93].

Les femmes et les minorités ont subi des discriminations dans le secteur public. Des milliers de Kurdes syriens se sont vu refuser la nationalité en 1962, et leurs descendants continuent à être considérés comme « étrangers »[94]. Depuis 2004, des émeutes récurrentes ont exacerbé les tensions dans les zones kurdes du pays. La situation a entrainé des heurts réguliers entre les manifestants kurdes et les forces de l'ordre[95],[96].

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Camp pro-gouvernemental[modifier | modifier le code]

Régime el-Assad[modifier | modifier le code]

La position du gouvernement vis-à-vis de la révolte armée est d'incriminer des « groupes armés antigouvernementaux » ou des « islamistes armés ». Après le massacre de Houla, le gouvernement accuse ainsi principalement des islamistes armés. Des « ingérences extérieures » occidentales et des infiltrations d'armes commanditées par des pays adverses, dont le Qatar et l'Arabie saoudite sunnites, sont également régulièrement évoquées. Ainsi, dans une allocution télévisée du [97], le président syrien Bachar el-Assad affirme que l'État syrien fait « face à une véritable guerre menée de l'étranger », il précise que leur but est d’« étouffer la résistance » à Israël[98].

Rappelant qu'après les attentats du 11 septembre 2001, la Syrie a été une base arrière des djihadistes étrangers comme le Français Boubaker El Hakim, le journaliste David Thomson estime fin 2016 que « le régime Assad a toujours instrumentalisé les djihadistes en sa faveur et aujourd’hui, il doit sa survie à la présence de l’État islamique. Donc en aucune manière ce régime ne peut être considéré comme la solution face au djihadisme[99]. ».

Le , après plus de trois années de guerre civile, le gouvernement de Bachar el-Assad, fort des reconquêtes militaires enregistrées au premier trimestre avec l'aide du Hezbollah, organise des élections présidentielles qualifiées de « farce » par les Syriens en exil et par les opposants de l'intérieur. Outre le président en exercice, qui se présente pour un troisième mandat (les deux premiers entérinés par des plébiscites référendaires), deux autres candidats, Maher Al-Hajar et Hassan Al-Nourri se présentent au suffrage de 5 ou 6 millions citoyens en situation de voter (sur une population de 15 millions d'électeurs, avec 3 millions de réfugiés et 6 millions de déplacés). Le scrutin serait ainsi, selon un diplomate français cité par Le Monde, «  le prolongement politique de l'offensive militaire en cours, une manière de fermer la porte à tout plan de paix, une fuite en avant dans la bunkerisation du régime et la sanctuarisation de la Syrie utile. » [100]. À l'issue des élections, où aucun parti islamiste ni membre de l'opposition n'a le droit de se présenter, Bachar el-Assad est reconduit pour un troisième mandat avec 88,7 % des suffrages exprimés. La participation aurait atteint 73,4 %, selon la Cour constitutionnelle et 11,6 millions de personnes auraient participé au scrutin. Selon le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid el-Mouallem, « face au complot, le peuple a choisi de reconduire ses dirigeants pour rétablir la sécurité, lutter contre le terrorisme et reconstruire le pays ». Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, qualifie l'élection d'« illégitime », tandis que le secrétaire d'État américain, John Kerry, parle de « non-élection »[101].

Défections dans le camp loyaliste[modifier | modifier le code]

Début , le général Manaf Tlass, intime de Bachar el-Assad tombé en disgrâce et fils de l'ancien ministre de la défense de Hafez el-Assad, fait défection[102] et se présente à la troisième réunion des Amis du peuple syrien qui se tient à Paris. Le , l'ambassadeur de Syrie en Irak Naouaf Fares fait également défection[103]. 18 généraux, et de nombreux officiers et soldats de l'armée syrienne ont abandonné le gouvernement et se sont réfugiés en Turquie avec leurs familles[104].

Le lundi , le Premier ministre d'origine sunnite Riad Hijab fait défection deux mois après sa nomination pour rejoindre l'opposition[105] au Qatar, tandis que la télévision d’État annonce son limogeage. Mi-, une dizaine de diplomates syriens à l'étranger ont officiellement rejoint la contestation[106]: Bassam al-Imadi (ancien ambassadeur en Suède), Nawwaf al-Cheykh Fares (ambassadeur en Irak), Lamia Hariri (chargée d’affaires à Chypre), Abdel-Latif al-Dabbagh (ambassadeur aux Émirats arabes unis), Mohammed Tahsin al-Faqir (attaché de sécurité près l’ambassade à Oman), Farouq Taha (ambassadeur en Biélorussie), Mohammed Housam Hafez (conseiller et consul en Arménie), Khaled al-Ayyoubi (chargé d’affaires au Royaume-Uni), Khaled al-Saleh (chargé d’affaires au Nigeria) et Dani Ba’aj (deuxième secrétaire à la représentation permanente auprès de l’ONU à Genève).

L'Armée arabe syrienne[modifier | modifier le code]

Des soldats de l'armée syrienne à Palmyre, le 5 mai 2016.
Insigne de la Garde républicaine.

Avant le soulèvement, les troupes régulières de l'armée syrienne comptaient environ 325 000 hommes, dont 220 000 dans l'Armée de terre et le reste réparti entre la marine, l'armée de l'air et la défense aérienne. À ces effectifs venaient s'ajouter 280 000 à 300 000 réservistes.

Dès le mois de , des défections sont signalées. En , l'Observatoire syrien des droits de l'homme estimait que des dizaines de milliers de soldats avaient déserté. Selon des experts occidentaux, ces défections, bien que dommageables pour le moral, n'avaient pas altéré la force de frappe de l'armée syrienne, la plupart des déserteurs étant issus de la communauté sunnite, dont les membres n'ont jamais occupé de poste de responsabilité dans le dispositif.

En , selon l'International Institute for Strategic Studies de Londres, l'effectif régulier de l'Armée de terre syrienne était tombé à 110 000, en raison des défections, des désertions et des victimes. Le gouvernement ne peut alors réellement compter que sur les contingents alaouites : les Forces spéciales, la Garde républicaine et deux divisions d'élite (3e et 4e divisions), soit 50 000 hommes au total[4]. De son côté, The Institute for the Study of War estime dans un rapport publié le , que les forces de l'armée syrienne sont passées de 325 000 hommes au début du conflit à 150 000 hommes au début de l'année 2015[107].

Dès 2013, l'armée syrienne est affaiblie par de très lourdes pertes. Les unités d'élite sont décimées et des troupes sunnites sont maintenues en garnison dans les casernes de peur qu'elles ne passent à la rébellion. Les officiers se muent en seigneurs de guerre vivant du racket et des trafics. Progressivement, l'armée syrienne est supplantée par des milices et des troupes étrangères alliées[108].

Les chabiha[modifier | modifier le code]

Les chabiha sont des milices pro-gouvernementales non officielles généralement issues de la communauté alaouite. Le gouvernement les a utilisées régulièrement, au début des troubles, pour disperser les manifestations et faire régner l'ordre dans les quartiers en effervescence[109],[110],[111]. Quand les manifestations ont laissé place au conflit armé, l'opposition a commencé à nommer « shabiha » tout civil pro-Assad participant à la répression du soulèvement[112]. L'opposition a accusé les shabiha d'être à l'origine de nombreux abus commis à l'encontre des manifestants et des opposants[112] ainsi que de pillages et de déprédations[113],[114].

Les chabiha auraient été créés par Bassel el-Assad dans les années 1980 pour être utilisés par le gouvernement en période de crise[115]. On les a décrits comme « des paramilitaires alaouites de mauvaise réputation, accusés d'être les hommes de main du régime d'Assad[116] », des « mercenaires loyaux envers Assad[117] » et selon l'Arab Center for Research and Policy Studies, basé au Qatar, « des gangs à demi hors-la-loi, composés d'hommes de main proches du régime[117] ». Fin 2012, les chabiha fusionnent avec plusieurs autres milices pour former la Jaych al-Shabi, qui devient ensuite les Forces de défense nationale[8].

En , les shabiha ont été listés comme des organisations terroristes par les États-Unis[118]

Les Forces de défense nationale[modifier | modifier le code]

Formées initialement sous le nom de « Jaych al-Shabi », à la fin de l'année 2012 par la fusion de plusieurs milices, les Forces de défense nationale (FDN) rassemblent environ 100 000 hommes[119],[120]. Elles reçoivent équipements et salaires du gouvernement[121],[122], mais elles sont formées et organisées par le Corps des Gardiens de la révolution islamique[123]. La plupart de ces miliciens sont Alaouites, mais certains sont également chrétiens ou druzes[124],[121],[123].

Les milices chiites[modifier | modifier le code]

Miliciens chiites du Fawj al-Imam al-Hujja, après le siège de Nobl et Zahraa, le 3 février 2016.

Dès l'été 2011, de nombreuses milices chiites, armées et entraînées par l'Iran, sont déployées en Syrie aux côtés des forces loyalistes. Ces combattants invoquent la protection de la mosquée de Sayyida Zeinab, près de Damas, un haut lieu de pèlerinage chiite, pour justifier leur intervention. Les milices sont présentes dès le début du conflit, mais leur nombre augmente sensiblement par la suite. En 2016 jusqu'à 50 milices chiites sont présentes en Syrie. Les groupes les plus importants sont le Hezbollah, la Brigade Abou al-Fadl al-Abbas, l'Organisation Badr, Asaïb Ahl al-Haq, le Harakat Hezbollah al-Nujaba, la Brigade des Fatimides, les Brigades de l'imam Ali et la Saraya al-Khorasani[125]. Début 2014, le nombre des combattants est estimé entre 5 000 à 10 000[126], puis entre 20 000 et 40 000 début 2016[10], entre 40 000 et 60 000 fin 2016[11], et jusqu'à un maximum de 100 000 combattants en 2018[12]. Ils sont pour la plupart Irakiens, Syriens, Iraniens, Libanais, Afghans, mais on compte aussi des Pakistanais, des Yéménites[125],[108]. Leur salaire est versé par le régime syrien[10],[126]. D'après des responsables politiques chiites et le ministre des Affaires étrangères irakien Hoshyar Zebari, les combattants en question n'ont cependant pas reçu de feu vert officiel de la part des chefs de leurs mouvements ou du gouvernement irakien, dominé par les chiites, pour aller combattre en Syrie[127],[128],[129],[130].

Le Hezbollah[modifier | modifier le code]

En 2012, le Hezbollah, milice libanaise chiite pro-iranienne considérée comme une organisation terroriste par les États-Unis, le Canada, l'Australie, les Pays-Bas et le Bahreïn, envoie des forces en Syrie pour appuyer le régime de Damas qui lui assure un important soutien logistique dans sa lutte contre Israël[131],[132],[133]. Fin , Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, reconnaît officiellement la participation de son organisation aux combats en Syrie[134],[135]. D'après l'universitaire Thomas Pierret, « le Hezbollah cherche à protéger les points stratégiques syriens qui lui permettent d’acheminer des armes venues d’Iran »[136]. Le , Hassan Nasrallah déclare que le Hezbollah se bat en Syrie parce que Damas « a nourri et protégé la résistance libanaise ». Accusé par ses détracteurs de baisser la garde contre Israël en envoyant des combattants en Syrie, il s'est dit convaincu de la victoire finale du régime d'el-Assad et a assuré que le Hezbollah avait « toujours la capacité de dissuader Israël » et que « c’est l’une des inquiétudes de l’ennemi israélien : il regarde la Syrie et l’Iran et il voit qu’ils donnent toute l’aide qu’ils peuvent à la résistance »[137]. Avec entre 5 000 à 8 000 hommes déployés en Syrie, le Hezbollah fournit le plus gros contingent de miliciens chiites étrangers[138],[139]. Malgré les lourdes pertes subies, militairement le Hezbollah monte fortement en puissance lors de la guerre civile syrienne[140],[141].

L'opposition politique : CNS et CNFOR[modifier | modifier le code]

Logo de la CNFOR.

Le Conseil national syrien est une autorité politique de transition créée le et officialisée les 1er et à Istanbul, en Turquie, pour coordonner l'opposition au régime de Bachar el-Assad, en Syrie et dans les pays tiers[142].

Composé de 400 membres et dominé par les sunnites, le CNS rassemble plus de 30 organisations d'opposants[143] dont les Frères musulmans (qui y sont majoritaires[144],[145],[146]), des libéraux mais aussi des partis kurdes et assyriens[147],[148].

Le , le CNS adhère à la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution dont il reste la principale composante[149].

La Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution (ou Coalition nationale syrienne), est une autorité politique de transition créée le à Doha, au Qatar. Siégeant au Caire[150], plus large que le CNS, bien financée et largement reconnue au niveau international[151],[152],[153],[154],[155],[156],[157] la Coalition engage « les parties signataires à œuvrer pour la chute du régime, et de tous ses symboles et piliers, et pour le démantèlement de ses organes de sécurité, en poursuivant tous ceux qui ont été impliqués dans des crimes contre les Syriens ».

Denise Natali, professeur à la National Defense University, estime que la Coalition représente mieux les intérêts de ses soutiens étrangers que ceux des Syriens de l'intérieur, et ne se distingue du CNS que par une allégeance au Qatar et aux autres États du Golfe Persique plutôt qu'à la Turquie[158].

Opposition armée : Armée syrienne libre, Ahrar al-Cham, Front al-Nosra et autres groupes[modifier | modifier le code]

Rebelles de l'Armée syrienne libre à Rastane, le 26 avril 2012.
Drapeau de l'Armée syrienne libre.

À l'automne 2011, face à la répression, des défections se produisent dans les rangs gouvernementaux et une frange de l'armée semble se constituer en opposition armée au gouvernement. Deux groupes de soldats séditieux, l'Armée syrienne libre (créée en par le colonel Riyad Al Asaad) et le Mouvement des officiers libres, se forment[159]. Ils fusionnent en septembre 2011 sous l'égide du premier, alors que les attaques de déserteurs contre les forces gouvernementales se multiplient[160],[161],[162]. Le , l'ASL reconnaît l’autorité du Conseil national syrien (CNS)[163].

Fin , à l'instigation de la France et de la Turquie, plusieurs centaines d'officiers, déserteurs de l'armée syrienne, se réunissent à Istanbul, autour du général Mohamed Al Haj Ali, le plus gradé d'entre eux, et décident de placer l'ensemble des brigades rebelles sous son commandement. Le projet échoue en raison des dissensions entre bailleurs de fonds et de la montée en puissance des djihadistes étrangers dans le nord du pays. Alors que le clan el-Assad resserre les rangs, l'option d'un retournement des forces armées, déterminant dans la chute des régimes tunisien et égyptien, s'éloigne définitivement[164].

L'ASL ne forma cependant jamais une armée unie, elle devient progressivement un simple label dont se réclament certains groupes rebelles indépendants de fait[165]. En 2015, elle regroupait environ 70 factions, la plupart dans le sud de la Syrie, rassemblées au sein du Front du Sud[166]. Parmi les principales brigades affiliées à l'ASL figurent ; la Brigade Ahfad al-Rassoul, la Brigade al-Farouq, le Liwa al-Tawhid, les Brigades des martyrs de Syrie, le Mouvement Hazm, l'Armée de Yarmouk, Faylaq al-Rahman, Fastaqim Kama Umirt, Alwiyat Saif al-Cham, la 1re division côtière, la 101e division d'infanterie, Liwa Suqour al-Jabal, la 13e division, la 16e division d'infanterie, Liwa Shuhada al-Islam, Fursan al-Haq, la Brigade de la Tempête du Nord et la Division Sultan Mourad.

Annonce de la formation du Front islamique, le 22 novembre 2013.

Dès 2012, les islamistes voient leurs effectifs fortement augmenter. Selon l'ONU, les rebelles issus des deux organisations liées à al-Qaïda (Front al-Nosra et État islamique d'Irak) représentaient, en 2012, 5 % environ des insurgés, alors qu'en , « les membres de ces deux groupes et les salafistes en général sont en nombre au moins 40 % des 150 000 insurgés environ qui se battent sur l'ensemble du territoire ». « 58 % exactement des 600 factions armées les plus fortes — avec plus de 50 combattants — épousent [une] vision ultrarigoriste ou obscurantiste de l'islam »[167].

Les groupes islamistes sont divisés entre ceux relativement modérés, proches pour certains des Frères musulmans, comme le Front de l'authenticité et du développement, Faylaq al-Cham, l'Union islamique Ajnad al-Cham, le Harakat Nour al-Din al-Zenki, les Kataeb Thuwar al-Cham, Al-Fauj al-Awwal et Liwa al-Fatah[166],[168], et d'autres plus extrémistes, d'idéologie salafiste djihadiste, tels que Jaych al-Mouhajirine wal-Ansar, Jound al-Aqsa, Jound al-Cham, le Parti islamique du Turkistan, le Harakat al-Muthanna, le Harakat Cham al-Islam ou Liwa Ansar al-Khalifah[169].

Plusieurs structures de coordination et chambres d'opérations sont formées au cours du conflit. En 2012, des brigades salafistes ou proche des Frères musulmans se rassemblent au sein du Front islamique de libération syrien et du Front islamique syrien[170],[171]. Plusieurs annoncent qu'elles rejettent la Coalition nationale syrienne[172]. En , le Front islamique devient le plus important rassemblement de groupes rebelles syriens[173],[174]. De à début 2017, l'Armée de la conquête domine dans le nord-ouest de la Syrie[175].

Drapeau du Front al-Nosra.

De 2015 à 2017, Ahrar al-Cham, Jaych al-Islam et le Front al-Nosra — seuls groupes dont les effectifs dépassent les 10 000 hommes — sont les trois principales organisations militaires rebelles en Syrie[166],[169]. Le mouvement salafiste Ahrar al-Cham est le seul actif sur tous les fronts du territoire syrien[176]. Jaych al-Islam, également salafiste, est quant à lui le principal groupe rebelle dans la région de Damas[166],[8],[177]. Le Front al-Nosra est initialement une extension en Syrie de l'État islamique d'Irak. Mais en 2013, il refuse la fusion pour former l'État islamique en Irak et au Levant et est reconnu par Ayman al-Zaouahiri comme la branche syrienne d'Al-Qaïda[178]. En 2016, pour des raisons tactiques, le Front al-Nosra et al-Qaïda se séparent d'un commun accord et le premier se rebaptise Front Fatah al-Cham[179].

En , le Front Fatah al-Cham fusionne avec plusieurs autres groupes rebelles islamistes pour former Hayat Tahrir al-Cham[180]. Face à cette alliance, les groupes rebelles non-djihadistes se restructurent sous le parrainage de la Turquie. Ahrar al-Cham se déradicalise[181] avec d'une part les défections de ses membres les plus radicaux qui rejoignent Hayat Tahrir al-Cham[182] et de l'autre le ralliement de plusieurs factions issues de l'ASL[183]. En , les factions de l'ASL actives dans la région d'al-Bab s'unissent pour former l'Armée nationale syrienne[184]. Jaych al-Islam la rallie en 2017 et 2018, après avoir été chassé de Damas. Dans la région d'Idleb, Ahrar al-Cham fusionne avec le Harakat Nour al-Din al-Zenki pour former en le Jabhat Tahrir Souriya[185]. Puis, entre mai et , les factions de l'ASL à Idleb, le Jabhat Tahrir Souriya et quelques autres groupes fusionnent pour former le Front national de libération[186],[187], lequel rallie à son tour l'Armée nationale syrienne en [188],[189]. De leur côté, quelques groupes djihadistes n'approuvant pas la rupture entre Hayat Tahrir al-Cham et al-Qaïda forment de nouvelles factions en 2018, les principales étant Tanzim Hurras ad-Din et Ansar al-Tawhid[190].

Au total, les forces de la rébellion syrienne sont estimées de 100 000 à 150 000 hommes en 2016[16],[191].

L'État islamique[modifier | modifier le code]

Drapeau de l'État islamique.
En gris, territoires contrôlés en Syrie et en Irak par le califat de l'État islamique en juin 2015.

Né en 2006 en Irak, l'État islamique est une organisation salafiste djihadiste, dirigée par Abou Bakr al-Baghdadi, proclamé calife le . Le groupe apparaît en Syrie le sous le nom d'État islamique en Irak et au Levant et prend le nom d'État islamique lorsqu'il proclame l'instauration du califat, mais ses adversaires lui donnent le surnom de « Daech »[192].

Considéré comme moins corrompu que les autres groupes djihadistes[Par qui ?], l'EIIL est aussi le plus extrémiste, il est craint pour sa violence, son intransigeance et son indifférence aux notions de droits humains[193]. Très impliqué sur les réseaux sociaux, il attire un grand nombre de djihadistes étrangers venus de tout le Monde musulman et même d'Occident[194].

Cependant, sa radicalité et ses ambitions lui attirent rapidement l'hostilité des autres groupes rebelles. En janvier 2014, le Front islamique, l'Armée syrienne libre et le Front al-Nosra et plusieurs autres groupes rebelles lui déclarent la guerre[195].

En 2013 et 2014, les effectifs en Syrie de État islamique sont estimés de 5 000 à 13 000 hommes[196],[197]. Ils augmentent sensiblement à la suite de la proclamation du califat. En 2015, les estimations vont de 20 000 à 80 000 combattants, tant en Syrie qu'en Irak et sans compter le ralliement de nombreux groupes djihadistes à travers tout le monde musulman[198].

Les Kurdes du PYD[modifier | modifier le code]

Combattantes des YPJ en 2016.
Drapeau des YPG, branche armée du PYD.

Historiquement discriminées par le régime et ancrées à une solide identité culturelle[76], les populations kurdes de Syrie occupent, le long de la frontière turque, trois enclaves séparées qui constituent le prolongement naturel des territoires kurdes de Turquie et d’Irak[199]. Au début du conflit kurde en Turquie, la Syrie sert déjà de base arrière au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ; de 1979 à la fin des années 1990, tout en réprimant les autres organisations kurdes, le régime laisse le PKK installer son état-major sur son territoire[200]. Cependant, en 1998, Damas se rapproche d'Ankara ; Abdullah Öcalan est expulsé et des centaines de militants sont arrêtés[200]. En 2003, une branche syrienne du PKK, le Parti de l'union démocratique (PYD), est formée[200]. En 2004, parti de Qamichli, un mouvement de protestation de Kurdes réclamant leurs droits civiques est réprimé par le régime, avec plusieurs dizaines de morts[200].

En juillet 2012, le PYD profite des désordres de la guerre civile pour prendre le contrôle du « Kurdistan syrien », appelé le Rojava[201]. Depuis le , ce dernier dispose d'une administration autonome, qui gère les questions « politiques, militaires, économiques et de sécurité dans la région et en Syrie »[202]. Le PYD forme sa branche armée, les Unités de protection du peuple (YPG), dont les effectifs sont estimés entre 35 000 et 65 000 combattants, avec environ 40 % de femmes[203] regroupées au sein des YPJ. Jouant leur propre carte, les Kurdes du PYD concluent parfois des alliances ponctuelles et opportunistes, tantôt avec les forces loyalistes, tantôt avec les rebelles[204]. Hostiles au régime de Bachar el-Assad, ils affrontent cependant rarement les forces loyalistes avec lesquelles ils cohabitent dans certaines villes[205],[206]. Ils combattent aussi à plusieurs reprises contre des groupes de l'Armée syrienne libre soutenus par la Turquie, tout en étant les alliés d'autres factions de l'ASL, notamment celles rassemblées au sein de Jaych al-Thuwar. Les YPG livrent l'essentiel de leurs combats contre les forces djihadistes, et principalement contre l'État islamique[207],[206]. Considérés comme une organisation terroriste par la Turquie, les YPG parviennent cependant à s'allier au cours du conflit à la fois avec les États-Unis et avec la Russie[208],[209],[210].

En , les Kurdes des YPG forment avec d'autres factions une vaste alliance qui prend le nom de Forces démocratiques syriennes[211],[2]. Elle rassemble des groupes arabes affiliés à l'Armée syrienne libre, ainsi que la milice tribale Jaych al-Sanadid, les chrétiens syriaques du MFS, et des volontaires anarchistes et marxistes-léninistes, venus principalement de Turquie et d'Europe et réunis au sein du Bataillon international de libération[211],[2]. Cependant, les YPG et les diverses organisations affiliées au PYD demeurent la force dominante de cette coalition[211],[2].

Acteurs internationaux[modifier | modifier le code]

Rôle de l'Iran[modifier | modifier le code]

En 1979, après la Révolution iranienne, la Syrie a été le premier pays arabe à reconnaître la République islamique d'Iran[125]. Depuis les deux pays sont étroitement alliés, une alliance qui est également favorisée par l'appartenance de la famille el-Assad au groupe ethnique et religieux des Alaouites, apparenté aux chiites[125]. Lors de la guerre Iran-Irak, la Syrie est aussi le seul pays arabe à soutenir Téhéran contre son rival baasiste[125],[212],[213]. Au cours de cette période, la Mosquée de Sayyida Zeinab, près de Damas, devient un haut lieu de pèlerinage pour les chiites[125],[212]. Après la mort de Hafez el-Assad et la montée au pouvoir de Bachar el-Assad, l'influence de l'Iran s'accroît en Syrie, au point de devenir plus un parrain qu'un allié[125],[214],[215],[216].

Au début de la crise, la diplomatie iranienne en Syrie apparaît ambiguë en raison des tensions entre le président iranien Mahmoud Ahmadinejad et le guide suprême, Ali Khamenei, soutenu par le Corps des Gardiens de la révolution islamique[217],[212]. Ahmadinejad applaudit la révolution tunisienne et la révolution égyptienne qui renversent des régimes alliés aux Américains et aux Israéliens[217],[212]. Pour la Syrie, il reprend dans un premier temps les déclarations de Bachar el-Assad qui dénonce les manifestations pacifiques comme un « complot international », mais il appelle ensuite au dialogue et désapprouve la répression militaire[217],[212],[218]. Cependant, le dossier syrien reste aux mains du guide suprême Ali Khamenei et des Gardiens de la révolution islamique qui soutiennent le régime dès le début de la crise et mettent un coup d'arrêt à la tentative d'ouverture d'Ahmadinejad[125],[212]. L'Iran ne tient pas à perdre un allié stratégique et la possibilité de l'arrivée en Syrie d'un pouvoir favorable à l'Arabie saoudite est pour lui une véritable hantise[125],[212],[216].

L'Iran participe militairement au conflit syrien[219],[220],[221],[222],[223]. Des éléments du Corps des Gardiens de la révolution islamique sont déployés en Syrie dès 2011 et participent à la répression des manifestations[125]. Leur nombre est inconnu, initialement des conseillers militaires sont envoyés mais des tireurs d'élite sont également signalés en [125]. En , le général Esmaïl Ghani, commandant en second de la Force Al-Qods, reconnaît officiellement la présence en Syrie des forces spéciales du Corps des Gardiens de la révolution[224]. L'engagement de l'Iran augmente significativement en 2014 et 2015. En 2015, des unités entières du Corps des Gardiens de la révolution islamique sont déployées en Syrie, suivies début 2016 pour la première fois par des unités de l'armée régulière iranienne[108]. Le nombre des Gardiens de la révolution islamique déployés en Syrie est estimé entre 5 000 et 10 000[12],[14]. L'ingérence iranienne est cependant très mal vue par une partie des généraux de l'armée syrienne : en 2015, le lieutenant-général Rustum Ghazaleh, chef de la sécurité politique du régime, est battu à mort après avoir dénoncé l'emprise croissante de la hiérarchie militaire iranienne[125].

L'Iran parraine également de nombreuses milices chiites au Moyen-Orient, telles que le Hezbollah au Liban ou l'Organisation Badr depuis la guerre Iran-Irak[125],[216]. À partir de 2013, le nombre des milices chiites irakiennes déployées en Syrie augmente[125]. Les principales milices syriennes, les Forces de défense nationale, sont également entraînées par les Gardiens de la Révolution[125].

Par ailleurs, l'Iran fournit au gouvernement syrien une aide financière annuelle pour contourner les sanctions internationales, entre un et quinze milliards de dollars selon les estimations[125],[225].

En , le général iranien Qasem Soleimani effectue une visite à Moscou alors que les rebelles progressent vers la côte. D'après l'agence Reuters, ce déplacement, précédé par des contacts à haut niveau entre Russes et Iraniens, est la première étape préparant l'intervention militaire de la Russie en Syrie[226].

Rôle de la Russie[modifier | modifier le code]

L'alliance entre la Russie et la Syrie remonte au temps de la Guerre froide[227]. Leur relation débute au milieu des années 1950 et se renforce à partir de 1970[227]. En 1980, Damas et Moscou signent un traité d'amitié, à une période pourtant où Hafez el-Assad écarte l'aile gauche socialiste pure et dure du Parti Baas et réprime les communistes dissidents et les nassériens[227]. Entre 1982 et 1986, l'Union soviétique livre à la Syrie plus de mille chars, 200 avions de chasse et des centaines de pièces d'artillerie, ce qui au moment de la guerre civile, constitue encore l'arsenal de base du régime[227]. À ces éléments vétustes, s'ajoutent cependant par la suite des armes plus modernes, comme des missiles sol-sol SS-21[227]. Les relations entre Moscou et Damas se tendent toutefois quelque peu sous la présidence de Mikhaïl Gorbatchev, Hafez el-Assad se rapproche même alors des États-Unis et de l'Europe[227]. Ils renouent au début des années 2000 après l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine et le début de la guerre d'Irak[227]. Lorsque la guerre civile éclate, les deux pays sont très proches : des milliers d'officiers de l'armée syrienne ont été formés dans les académies militaires soviétiques et russes, sans compter des dizaines de milliers de mariages mixtes, en particulier parmi les Syriens de minorité grecque orthodoxe[227].

Militaires de l'armée russe à Alep, le 18 décembre 2016.

La Russie s'oppose à toute résolution ou sanction contre la Syrie[228],[229] ; entre le début du conflit et début 2018, elle place son veto au Conseil de sécurité de l'ONU à onze reprises[230],[231]. Elle appuie le régime syrien pour plusieurs raisons : pour des raisons stratégiques (elle tient à conserver son unique base navale méditerranéenne à Tartous, qui accueille en permanence des navires de la flotte militaire russe)[227],[232],[233],[234],[235] ; pour des raisons intérieures (craintes de voir le Printemps arabe faire tache d'huile en Russie[234],[235]) ; pour des raisons de principes (la Russie est traditionnellement opposée à tout droit d'ingérence, sa ligne est de s'opposer à toute intervention militaire étrangère qui viserait à renverser un régime au pouvoir, même pour des raisons humanitaires)[227],[234],[235] ; ou encore pour des raisons d'intérêts (la Russie est notamment le premier fournisseur d'armes de la Syrie, 75 % des armes syriennes viennent de Russie)[227]. Les Russes redoutent plus globalement une perte de débouchés commerciaux en Syrie, ce pays étant en 2011 leur quatrième marché le plus lucratif avec 700 millions de dollars de vente[227],[236]. En 2012, Moscou prétend néanmoins ne livrer que des armes de défense antiaérienne à la Syrie, affirmant même qu'elle ne conclurait plus de nouveaux contrats d'armement avec la Syrie avant la stabilisation de la situation[237]. La Russie compte également la plus importante minorité musulmane d'Europe et tient à contrer l'influence du djihadisme[227]. Marquée par les guerres en Tchétchénie et plusieurs attentats, elle redoute une montée islamiste liée à la formation d’un front panislamique qui s’étendrait du Caucase aux frontières orientales de la Communauté des États indépendants et de l'Asie centrale, ainsi qu'un affaiblissement de l'Iran dans l'équilibre géopolitique du Moyen-Orient[227],[236]. Elle cherche aussi à s'afficher comme un protecteur des chrétiens orthodoxes d'orient et comme un allié fiable qui ne lâche pas ses partenaires[227],[236]. De plus, elle conçoit ses opérations militaires en Syrie comme un bon entraînement pour ses troupes aérospatiales[238],[239] et un moyen de tester[240],[241] et valoriser[242] l'armement moderne russe dans les conditions réelles de combat. Enfin, la Russie tient à redevenir une puissance mondiale, à l'égal des États-Unis[227],[243].

Fin 2011, alors qu'une demande d'intervention de la Turquie par des réfugiés syriens se fait de plus en plus pressante, la Russie prévoit en retour de déployer une importante flotte militaire dans les eaux territoriales syriennes pour empêcher une éventuelle attaque de l'OTAN[244],[245]. Le , Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères annonce que la Russie est prête à soutenir une déclaration du Conseil de sécurité de l'ONU appuyant la mission en Syrie de Kofi Annan sous condition que celle-ci « ne constitue pas un ultimatum »[246]. Le , son vice-ministre Guennadi Gatilov affirme n'avoir « jamais dit ou posé comme condition qu'Assad devait nécessairement rester au pouvoir à la fin du processus politique », ce qui constitue un premier signe de changement de position de la Russie, devant la répétition de massacres. Sur le plan financier, la Russie a envoyé des tonnes de billets de banque à la Syrie. L'impression de la monnaie syrienne était initialement dévolue à une banque autrichienne, mais elle fut stoppée à cause des sanctions occidentales[247]. Par ailleurs, des conseillers militaires russes sont présents en Syrie dès 2012[248].

À l'été 2015, la Russie intensifie son aide au régime syrien, notamment par la livraison de blindés et d'avions (des Su-24, Su-25, ainsi que des avions de reconnaissance[249],[250]), et renforce les garnisons russes à Lattaquié et Tartous[251],[252]. La base aérienne de Hmeimim, adjacente à l'aéroport international de Lattaquié, est agrandie et des dizaines d'avions de chasse, des chars et des missiles antiaériens SA-22 y sont déployés[227]. À partir du , l'intervention militaire de la Russie prend la forme d'une intense campagne de bombardements en soutien aux forces de Bachar el-Assad. Les forces déployées sont relativement modestes — 4 000 à 5 000 hommes des forces armées russes, 1 000 à 4 000 mercenaires du Groupe Wagner, et 50 à 70 aéronefs — mais suffisantes pour refaire pencher la balance en faveur du régime syrien[253],[254],[255],[256]. Des Kadyrovtsy ont également été envoyés à Alep fin 2016[257],[258],[259]. Selon le ministère russe de la Défense, 63 000 militaires russes ont combattu en Syrie entre et [260]. En 2016, le coût de son engagement en Syrie représente pour la Russie entre 3 et 4 millions de dollars par jour pour environ 11,5 millions de dollars par jour pour les États-Unis[261].

Rôle de la Turquie[modifier | modifier le code]

En 2011, la Turquie aspire à jouer un rôle de médiateur entre les différents pays du Moyen-Orient et elle entretient de très bonnes relations avec la Syrie depuis la fin des années 1990[262],[263],[264]. Lorsque la révolution syrienne débute, elle tente de convaincre Bachar el-Assad d'éviter de recourir à la force contre les manifestants et de négocier une issue pacifique, mais elle n'est pas entendue et les relations se tendent[262],[264],[265]. La crise perdure et les pertes financières sont considérables pour Ankara, qui a de très gros intérêts économiques en Syrie[262],[264]. À l'été 2011, la Turquie rompt définitivement avec le régime syrien, en croyant à tort sa chute imminente, et apporte son soutien à la rébellion[262]. Le Conseil national syrien est lancé en octobre à Istanbul et le premier camp de l'Armée syrienne libre est installé en décembre[262]. Bien que l'AKP, au pouvoir, soit proche des Frères musulmans, la Turquie soutient l'ensemble de l'opposition, à laquelle elle fournit des armes, mais elle se montre aussi assez complaisante avec les groupes djihadistes[262],[266]. Les rebelles modérés comme les djihadistes franchissent librement les frontières et leurs blessés sont soignés dans les hôpitaux turcs[267]. Jusqu'au printemps 2015, la Turquie se montre également peu hostile à l'État islamique, dont elle est le principal acheteur de pétrole et de coton par l'intermédiaire d'un réseau de trafiquants et de contrebandiers[262]. L'opposition turque accuse alors le gouvernement de soutenir les djihadistes[268],[267]. Face aux pressions, Ankara inscrit en l'État islamique et le Front al-Nosra dans la liste des organisations terroristes[267]. Cependant, la Turquie hésite à prendre des mesures offensives contre l'EI à cause de l'enlèvement de 80 otages turcs à Mossoul en et par crainte d'une attaque contre le tombeau de Suleiman Chah[267],[264].

Des soldats de l'armée turque, près de la frontière syrienne en 2017.

Le gouvernement turc considère comme menace principale la formation d'un Kurdistan syrien autonome tenu par le PYD et sa branche armée les YPG, liés au PKK[262]. Il voit d'un très mauvais œil l'alliance formée en 2014 entre les YPG et la coalition internationale menée par les États-Unis, coalition qu'elle intègre pourtant[262],[269]. En Turquie, un cessez-le-feu est conclu avec le PKK en 2013, mais le conflit kurde reprend à l'été 2015[270]. À la même période, la Turquie mène ses premiers bombardements contre l'État islamique mais elle est aussi frappée par plusieurs attentats, aussi bien de la part des djihadistes de l'EI que des rebelles kurdes.

La Turquie, qui de 2011 à 2016 accueille plus de deux millions de réfugiés syriens, réclame également à de nombreuses reprises la mise en place d'une zone tampon et d'une zone d'exclusion aérienne au nord de la Syrie, mais elle se heurte à l'opposition des Américains[262],[271].

Au terme des quatre premières années de conflit syrien, le bilan de la diplomatie turque est désastreux[262],[266],[264] : la Turquie s'est brouillée avec le monde arabe ; avec les Occidentaux, par son hostilité aux Kurdes des YPG et sa complaisance envers les djihadistes[262],[269],[266] ; avec la Russie, après l'attaque aérienne du 24 novembre 2015 ; avec l'Égypte après la chute de Mohamed Morsi en 2013[266] ; avec Israël depuis 2009[262] ; tandis que les relations avec l'Arabie saoudite sont également plutôt fraîches[262],[266]. Le Qatar, avec lequel la Turquie signe un accord de défense le , fait exception[262]. Mais sur le plan énergétique, la Turquie dépend beaucoup de la Russie et de l'Iran et n'est pas en mesure de s'opposer à leur politique en Syrie[262]. En , le gouvernement échappe à une tentative de coup d'État menée par une partie de l'armée[272]. À l'été 2016, la Turquie change alors de cap[264] : elle normalise ses relations avec Israël[273], elle se réconcilie avec la Russie[274],[275],[276], elle s'engage à coopérer avec l'Iran[277] et admet pour la première fois que Bachar el-Assad est « acteur qu'il faut reconnaître en Syrie ». Le premier ministre Binali Yıldırım déclare le  : « Il est possible de parler avec Assad pour évoquer la transition en Syrie... Mais pour la Turquie il n'en est pas question. »[278],[276]. Pour autant, le président Recep Tayyip Erdoğan réaffirme le sa totale opposition à un maintien au pouvoir de Bachar el-Assad, qu'il qualifie de « terroriste »[279].

Fin , l'armée turque lance l'Opération Bouclier de l'Euphrate et intervient directement au Nord de la Syrie pour chasser l'État islamique de sa frontière et empêcher le PYD d'établir une continuité territoriale entre les différents cantons de la région fédérale du Rojava, proclamée le [280],[281],[282],[276],[283]. De facto, la Turquie parvient également à établir une zone tampon à partir de sa frontière[283],[284],[285]. Cette opération militaire s'achève officiellement le [286]. Cependant l'armée turque reste présente en Syrie. À partir de 2017, toutes les forces de l'Armée syrienne libre dans le nord de la Syrie et divers autres groupes se fondent dans l'Armée nationale syrienne, qui devient une force supplétive de l'armée turque[287]. En , des troupes turques entent dans le gouvernorat d'Idleb où elles installent des postes d'observation en zone rebelle afin de veiller aux accords de cessez-le-feu[288]. Ankara tourne ensuite ses forces contre le PYD et lance une offensive à Afrine au début de l'année 2018, baptisée l'Opération Rameau d'olivier[289]. Elle mène ensuite l'Opération Source de paix en octobre 2019 dans le nord-est de la Syrie[290]. De fait, les régions conquises passent sous occupation turque[291].

Rôle des États-Unis[modifier | modifier le code]

Au cours des décennies qui ont précédé la guerre civile syrienne, les relations ont été agitées entre le gouvernement de Damas et les États-Unis, les phases de tensions alternant avec les phases de détente[292]. La rupture initiale a lieu lors des années 1960 avec le rapprochement de la Syrie vers l'Union soviétique, la montée au pouvoir du parti Baas et la guerre des Six Jours[292]. Après la Résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations unies, Damas rompt ses relations diplomatiques avec Washington[292]. Elles sont rétablies en 1974, mais la guerre du Liban provoque de nouvelles tensions[292],[293], avant une nouvelle détente lors de la signature de l'accord de Taëf en 1989 et la participation de la Syrie à la guerre du Golfe au sein de la coalition en 1991[292]. Mais la situation s'aggrave à nouveau sous l'administration Bush, en 2003 Bachar el-Assad s'oppose à la guerre d'Irak et est alors le seul allié de Saddam Hussein[292],[293]. Craignant d'être la nouvelle cible des néo-conservateurs, le régime de Damas entretient la guérilla en Irak ; il favorise le passage de combattants étrangers à sa frontière qui rejoignent des groupes djihadistes et notamment Al-Qaïda en Irak, puis l'État islamique d'Irak et accorde l'asile à de nombreux baasistes irakiens[292],[294],[293]. Lorsque Barack Obama accède la Maison blanche en 2009, le dialogue reprend entre Damas et Washington[292].

Tir d'obusier M777 howitzer effectué par des soldats américains du 11e Marine Expeditionary Unit en soutien aux Forces démocratiques syriennes lors de l'offensive de Raqqa, le 25 mars 2017.

Les États-Unis se montrent passifs au début de la révolution syrienne en 2011[292]. Cinq semaines après le début des manifestations en Syrie Barack Obama appelle à la fin de la répression, puis il réclame le départ de Bachar el-Assad en [292]. Mais il tient à désengager les États-Unis d'Afghanistan et d'Irak et n'a pas l'intention de mener d'autres interventions militaires[292],[295]. En , l'armée américaine se retire d'Irak.

En 2012, les Américains commencent à fournir des renseignements à l'Armée syrienne libre, mais refusent de lui livrer des armes[292]. En 2013, des combattants de groupes rebelles non islamistes commencent à être entraînés en Jordanie par les Américains, les Français et les Britanniques, en avril les États-Unis s'engagent à porter à 250 millions de dollars leur assistance « non létale » à la rébellion[292]. C'est en , après avoir acquis la certitude que le régime syrien a employé des armes chimiques, que les États-Unis décident de fournir des armes aux rebelles[292]. Le , la présidence américaine annonce qu'elle va apporter un « soutien militaire » aux rebelles[296]. En septembre, les brigades de l'ASL dans le sud de la Syrie reçoivent leurs premiers armements, les Américains livrent des armes légères et antichar mais refusent de fournir des missiles sol-air[292]. Début 2014, des missiles antichar BGM-71 TOW commencent à être livrés aux groupes modérés ou liés à l'ASL[297].

Mais les États-Unis sont aussi grandement préoccupés par la question des armes chimiques syriennes et craignent qu'elles ne tombent entre les mains d'al-Qaïda ou du Hezbollah, aussi acceptent-ils la proposition russe de démantèlement de l'arsenal chimique syrien, alors qu'ils semblaient prêts à lancer une campagne de frappes aériennes après le massacre de la Ghouta[292]. C'est finalement contre l'État islamique, à partir du , que les États-Unis engagent une campagne de frappes aériennes, après avoir formé une coalition internationale[292]. Celle-ci intervient surtout en soutien aux Kurdes des YPG et renverse la balance en leur faveur au nord de la Syrie[292]. En , Barack Obama autorise le déploiement de forces spéciales en Syrie[298].

En 2015, les États-Unis débloquent 500 millions de dollars et concluent un accord avec la Turquie pour former un corps de 15 000 rebelles modérés afin de combattre l'État islamique, nombre ensuite réduit à 5 000. Le programme est un véritable fiasco, en juillet et seulement 120 hommes entrent en Syrie : le premier groupe est aussitôt attaqué par le Front al-Nosra qui fait plusieurs prisonniers, le second remet une partie de ses armes aux djihadistes pour obtenir un droit de passage. Les combattants de cette « Nouvelle force syrienne » désertent ou font défection et à la mi-septembre, le général Lloyd Austin, chef de l'United States Central Command, reconnait que seulement « 4 ou 5 » rebelles formés et équipés par les forces américaines combattent l'État islamique sur le terrain[299],[300],[301],[302].

La position américaine vis-à-vis de Bachar el-Assad et les déclarations de ses responsables sont parfois confuses et contradictoires, notamment sur la question de négocier ou non avec le régime syrien[292]. Selon le journaliste américain Doyle McManus : « l'administration Obama a une politique mais pas de stratégie »[292]. Jusqu'à la fin de son mandat, Barack Obama reste en retrait sur dossier syrien et dans l'ensemble du Moyen-Orient, laissant ainsi le champ libre à l'Iran et à la Russie[295],[303],[304],[305],[306],[307].

Arrivée au pouvoir en 2017, l'administration Trump ne rompt pas dans les premiers mois avec la politique de l'administration Obama[308],[309],[307]. Elle annonce cependant que le départ de Bachar el-Assad n'est plus pour elle une priorité[310],[311], elle se montre plus proche de la Russie[312], mais affiche ouvertement son hostilité envers l'Iran[308]. Elle continue d'appuyer les Kurdes des YPG malgré les protestations de la Turquie[313],[314],[307] et ravive son alliance avec l'Arabie saoudite[315],[316],[317],[318]. Mais l'attaque chimique de Khan Cheikhoun, le , bouleverse la position américaine : pour la première fois les États-Unis ripostent contre le régime syrien en détruisant une de ses bases aériennes dans la nuit du 6 au [319],[320]. Après cet événement, les États-Unis déclarent qu'il ne peut y avoir de solution politique avec Bachar el-Assad à la tête du régime[321],[322]. Le , après plusieurs mois de sollicitations, le gouvernement américain autorise son armée à fournir des armes aux YPG, malgré l'opposition de la Turquie[323],[324]. En revanche, en , il met fin au programme de la CIA d'aide aux rebelles, qui mis en place quatre ans plus tôt, fournissait à ces derniers armes et entraînement[325],[326],[327],[328]. Pour apaiser la Turquie, les États-Unis annoncent également suspendre la livraison d'armes aux YPG vers fin 2017 ou début 2018[329],[330]. Mais les livraisons d'armes aux Forces démocratiques syriennes se poursuivent[331].

Fin 2017, l'État islamique subit plusieurs défaites et perd la grande majorité de son territoire ; le secrétaire d'État Rex Tillerson annonce cependant en que l'armée américaine va rester en Syrie avec l'objectif d'empêcher les djihadistes de réémerger, de contrer l'influence de l'Iran et de s'opposer au régime de Bachar el-Assad[332],[333],[334]. En , au moins 2 000 soldats américains sont présents en Syrie aux côtés des Forces démocratiques syriennes[25]. À partir de , Donald Trump annonce son intention de retirer les troupes américaines du territoire syrien[335]. En octobre 2019, contre l'avis de son administration, il laisse la Turquie mener une opération militaire contre les FDS dans le nord de la Syrie[336] et fait retirer ses troupes de toutes les bases militaires du gouvernorat d'Alep et du gouvernorat de Raqqa qui sont ensuite occupées par les forces russes et syriennes loyalistes[337],[338],[339],[340]. Fin 2019, les États-Unis ne maintiennent plus que quelques centaines d'hommes dans le gouvernorat de Deir ez-Zor, le gouvernorat d'Hassaké et la région d'al-Tanaf[337],[341].

En , les États-Unis adoptent la loi « César », qui impose de lourdes sanctions économiques à la Syrie, en visant notamment les États et les entreprises tierces qui commercent avec les autorités syriennes[342].

En novembre 2020, Joe Biden est élu président des États-Unis. Vice-président de Barack Obama entre 2009 et 2017, il s'était alors opposé au projet de frappes aériennes contre le régime syrien après le massacre de la Ghouta et s'était montré réticent sur le fait d'armer et d'entraîner des groupes rebelles[343]. En 2019, il est favorable à un maintien de l'alliance avec les Forces démocratiques syriennes et accuse Donald Trump de « trahison » envers les Kurdes après le lancement par l'armée turque de l'Opération Source de paix[343].

Rôle de l'Arabie saoudite[modifier | modifier le code]